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Maupassant (Guy de) 1883-1888 (1888), Le Rosier de madame Husson [in Oeuvres complètes, t. 2], Gallimard, coll. « nrf La Pléiade », 1979
Recueils :
– La Maison Tellier (1881)
– Mademoiselle Fifi (1882)
– Contes de la bécasse (1883)
– Clair de Lune (1883)
– Miss Harriet (1884)
– Les Sœurs Rondoli (1884)
– Yvette (1884)
– Contes du jour et de la nuit (1885)
– Monsieur Parent (1886)
– Toine (1886)
– La Petite Roque (1886)
– Le Horla (1887)
– Le Rosier de madame Husson (1888)
– La Main gauche (1889)
– L’Inutile Beauté (1890)
– Le Père Milon (1899)
– Le Colporteur (1900)
Sommaire
– Le Rosier de madame Husson (1887) ****
– Un échec (1885) ****
– Enragée (1883) *** *
– Le Modèle (1883) ****
– La Baronne (1887) ***
– Une vente (1884) ****
– L’Assassin (1887) ***
– La Martine (1883) ****
– Une soirée (1887) ***
– La Confession (1884) ****
– Divorce (1888) ***
– La Revanche (1884) ***
– L’Odyssée d’une fille (1883) *****
– La Fenêtre (1883) ****
Le Rosier de madame Husson ****
A la suite d’un accident de train, Raoul Aubertin rend visite à un vieux camarade, Albert Marambot, devenu médecin. Le gros bourgeois bon vivant et fervent admirateur de sa ville, lui raconte l’histoire du Rosier, un jeune homme autrefois récompensé pour sa candeur et sa vertu, devenu ivrogne par la suite.
Si l’histoire du Rosier, faite d’une ironie qui voit la plus grande fragilité au vice dans l’âme la plus pure, est particulièrement amusante et intéressante (en tant que chiquenaude à la bonne morale), le plus important est ailleurs : dans la profusion de bonne chère. Autodestruction par le plaisir qu’on pourra évidemment comparer à La Grande Bouffe, classique du cinéma de Marco Ferrari. Élite consciente de son vice, l’hédonisme jusqu’au nihilisme, jusqu’au cynisme. Non donnée comme cause spécifique et individuelle du dérèglement du jeune homme (qui tombe dans les senteurs délicieuses des bonnes chères alors qu’il n’était pas tombé dans le vice de chair), elle est en revanche clairement mise en évidence pour décrire la ville orgueilleuse, le gros médecin patriotique et fier (pour rien), ennuyeux dans ses digressions ridicules. Cette composition à étages révèle une tendance nouvelle de Maupassant : donner une importance au style du récitant secondaire, qui n’est plus un simple double du narrateur d’origine mais une personnalité autonome. Maupassant trouve le principe dialogique mis en évidence par Bakhtine dans sa Poétique de Dostoïevski : les personnages agissent et parlent suivant leurs propres préoccupations, leur propre « noyau » ou moteur, ne sont plus les pantins dans le grand destin dessiné par le narrateur-dieu-omniscient.
p. 951 : « En une seconde, toute la vie de province m’apparut, qui alourdit, épaissit et vieillit. Dans un seul élan de ma pensée, plus rapide que mon geste pour lui tendre la main, je connus son existence, sa manière d’être, son genre d’esprit et ses théories sur le monde. Je devinais les longs repas qui avaient arrondi son ventre, les somnolences après dîner, dans la torpeur d’une lourde digestion arrosée de cognac, et les vagues regards jetés sur les malades avec la pensée de la poule rôtie qui tourne devant le feu. Ses conversations sur la cuisine, sur le cidre, l’eau-de-vie et le vin, sur la manière de cuire certains plats et de bien lier certaines sauces me furent révélées, rien qu’en apercevant l’empâtement rouge de ses joues, la lourdeur de ses lèvres, l’éclat morne de ses yeux. »
Un échec ****
Notre conteur, en voyage vers Turin, en passant par la Corse, rencontre sur le bateau, une belle femme. Il lui cède une place dans le coupé qui va les emmener à Ajaccio.
Y a-t-il une raison à cette échec ? alors que tout semblait encourageant ? Le bonheur attendu est raté. La femme n’est pas vraiment sotte longtemps. Elle renverse la situation à son avantage et finit par se jouer du dragueur. Jouait-elle depuis le début ? Elle qui aime les choses gaies ? Dès lors, c’est toute l’intériorité de la femme qui passe dans le hors-texte, à la manière des « Bijoux« , trompeuse ? ou s’arrangeant bien de la situation qui permet de s’affranchir dans une société où la femme est dominée.
p. 498 : « On devine, par ce qu’on voit, ce qu’on ne voit pas. On sonde avec l’œil et la pensée les dedans du corsage et les dessous de la robe. On note la longueur du buste quand elle est assise ; on tache de découvrir la cheville ; on remarque la qualité de la main qui révélera la finesse de toutes les attaches, et la qualité de l’oreille qui indique l’origine mieux qu’un extrait de naissance toujours contestable. On s’efforce de l’entendre parler pour pénétrer la nature de son esprit, et les tendances de son cœur par les intonations de sa voix. Car le timbre et toutes les nuances de la parole montrent à un observateur expérimenté toute la contexture mystérieuse d’une âme, l’accord étant toujours parfait, bien que difficile à saisir, entre la pensée même et l’organe qui l’exprime. »
Enragée *** *
Une jeune fille naïve part pour son voyage de noce sans savoir ce qui l’attend, et elle s’est fait mordre le nez par son chien.
Double vision dans ce conte farcesque où la jeune fille peu préparée à la vie se rend ridicule. On retrouve les thèses de Sade sur les malheureuses conséquences de l’éducation « fleur bleue » des femmes, thème traité sur un ton autrement tragique dans Une vie, qu’on laisse volontairement dans l’ignorance de la vie sexuelle, presque sadiquement car cela permet en quelque sorte pour l’homme d’avoir de fait une ascendance sur elles pour les dominer. Une situation de pouvoir que Maupassant s’amuse à renverser dans un autre conte où un jeune homme inexpérimenté s’apprête à marier une veuve.
p. 941 : Et tout à coup, je crus qu’il avait perdu la tête. Puis, la peur m’envahissait, je me demandais s’il voulait me tuer. Quand la terreur vous saisit, on ne raisonne pas, on ne pense plus, on devient fou. En une seconde je m’imaginais des choses effroyables. Je pensai aux faits divers des journaux, aux crimes mystérieux, à toutes les histoires chuchotées de jeunes filles épousées par des misérables ! Est-ce que je le connaissais, cet homme ? Je me débattais, le repoussant, éperdue d’épouvante. Je lui arrachai même une poignée de cheveux et un côté de la moustache, et, délivrée par cet effort, je me levai en hurlant « au secours ! ». Je courus à la porte, je tirai les verrous et je m’élançai, presque nue, dans l’escalier. »
Le Modèle ****
Un peintre connu a épousé une de ses modèles, alors qu’il ne l’aimait plus et qu’elle était devenue infirme.
C’est toute une théorie de l’amour qui est développée dans ce conte : l’artiste peintre est attiré par les gestes et les poses affectées des femmes. Comme une obsession passagère car liée à un projet artistique, il finit par s’en lasser ou s’en dégoûter. Mais la femme, à la fois si sincère de passion ou si rusée pour obtenir ce qu’elle veut, finit par garder l’amant malgré lui-même. Ici, le peintre est piégé par la femme, par ses ruses. Un point de vue très inspiré de Schopenhauer – le piège de la nature -, qu’on peut prendre pour misogyne mais qui au regard d’autres nouvelles (à commencer par « Un échec » ou « Divorce » dans ce même recueil) est peut-être davantage à interpréter comme : l’homme (« être humain ») se piège lui-même. Peut-être d’autant plus en voulant enfermer la femme dans une relation de domination.
p. 1108 : « Je n’oublierai jamais l’effet que me fit cette fenêtre ouverte, après l’avoir vue traversée par ce corps qui tombait ; elle me parut en une seconde grande comme le ciel et vide comme l’espace. Et je reculai instinctivement, n’osant pas regarder, comme si j’allais tomber moi-même. »
La Baronne ***
Un marchand très doué raconte à notre narrateur et à leur ami commun Boisrené comment il a aidé la baronne Samoris qui, en période de crise, endettée, ne parvenait plus à attirer chez elle et sa fille le moindre amant. Il lui avait alors prêté un petit Christ d’ivoire et lui avait envoyé des clients.
Il est amusant de voir que ce conte reprend plus ou moins la courtisane de haute société de « Yveline Samoris » et de sa réécriture « Yvette ». En dehors de cela, on reste dans le conte assez facile. Le personnage du marchand fait penser à William Andermatt de Mont-Oriol. Le sujet plutôt subversif (comment une prostituée se trouve des clients…) et traité comme à l’habitude dans un registre farcesque, demeure toutefois un peu expéditif ici.
p. 909 : « Il était grand, mince, chauve, fort élégant. Sa voix douce, insinuante, avait un charme particulier, un charme tentateur qui donnait aux choses une valeur spéciale. Quand il tenait un bibelot en ses doigts, il le tournait, le retournait, le regardait avec tant d’adresse, de souplesse, d’élégance et de sympathie que l’objet paraissait aussitôt embelli, transformé par son toucher et par son regard. Et on l’estimait immédiatement beaucoup plus cher qu’avant d’avoir passé de la vitrine entre ses mains. »
Une vente ****
Brument et Cornu comparaissent devant la cour pour tentative de noyade de la femme Brument. Les accusés étaient ivres et M. Brument avait besoin de mille francs d’urgence.
Une nouvelle farce normande qui finit devant les tribunaux. L’immoralité innocente des deux hommes saouls fait écho à de nombreux autres contes (cet autre criminel de « L’Ivrogne« ). Cette sorte de frénésie du commerce, qui chez le campagnard fonde l’identité même, prend un visage absurde. Le Normand reste pour Maupassant une caricature du Français (Voir la révolution des hameaux, « Un coup d’Etat »).
p. 1210 : « Alors Brument se met à pleurer ; ça m’attendrit. Je lui demande ce qu’il a. Il me dit : « Il me faut mille francs pour jeudi. » Là-dessus, je deviens froid, vous comprenez. Et il me propose à brûle-tout-le-foin : « J’te vends ma femme. » »
L’Assassin ***
L’employé Lougère a assassiné son patron. Un jeune avocat parle en sa faveur, expliquant qu’il a tué par excès de respect.
Sous la forme d’un plaidoyer, ce conte trace le portrait d’un homme « bien », nous démontrant par là même comme ce type d’homme n’a pas sa place dans la société des hommes. Encore une fois, on retrouve ce côté négatif de l’éducation traditionnelle et des bonnes mœurs, ici transposé sur un homme. On retrouve aussi le thème de l’aveuglement.
p. 992 : « Nous voyons trop ce fleuve de corruption qui va des chefs de Pouvoir aux derniers des gueux, nous savons trop comment tout se passe, comment tout se donne, comment tout se vend. Places, fonctions, honneurs, brutalement en échange d’un peu d’or, adroitement en échange de titres et de parts dans les entreprises industrielles, ou plus simplement contre un baiser de femme. Notre devoir et notre profession nous forcent à ne rien ignorer, à soupçonner tout le monde, car tout le monde est suspect ; et nous demeurons surpris quand nous nous trouvons en face d’un homme qui a, comme l’assassin assis devant vous, la religion du respect assez puissante pour en devenir un martyr. »
La Martine ****
Benoist est bien amoureux de la Martine. Elle a même accepté de lui quelques câlins, et veut bien le marier plus tard. Mais voilà qu’un jour à la messe, le curé annonça le mariage de la Martine avec Vallin, riche fermier des environs.
Cet amour de campagne est décrit de manière touchante. Le paysan normand est ici aussi sensible que le bourgeois de la ville. Son comportement donne un message quant à l’aspect tue l’amour de la grossesse. On remarquera la puissante métaphore de la mouche en tant qu’image d’une idée obsédante.
p.976 : « Parfois une grosse mouche se trouve enfermée dans une chambre. On l’entend voler en ronflant, et ce bruit vous obsède, vous irrite. Soudain elle s’arrête ; on l’oublie ; mais tout à coup elle repart, vous forçant à relever la tête. On ne peut ni la prendre, ni la chasser, ni la tuer, ni la faire rester en place. A peine posée, elle se remet à bourdonner.
Or le souvenir de la Martine s’agitait dans l’esprit de Benoist comme une mouche emprisonnée. »
Une soirée ***
Le sous-officier Varajou, en permission, a rendu visite à sa sœur, Mme Padoie, mariée à un homme important de la petite ville tranquille du Morbihan, avec l’intention de lui emprunter de l’argent. Mais la soirée s’annonce affreusement ennuyeuse, alors Varajou sort se griser, puis demande au serveur où sont les demoiselles.
Comme le conte précédant, celui-ci met face à face deux univers : le petit militaire viveur et le bourgeois à haute morale. La méprise finale rappelle cependant la similaire organisation des maisons à filles et des maisons de la haute (dans « Yvette »). L’échange de mépris entre les deux univers est intéressant.
p. 895 : « Varajou considérait son beau-frère en songeant : « Quel crétin ! » Padoie devait avoir près de cinquante ans ; il était grand, maigre, osseux, lent, velu avec des sourcils en arcade qui faisaient sur ses deux yeux deux voûtes de poils. Coiffé d’un bonnet de velours orné d’un feston d’or, il regardait avec mollesse comme il faisait tout. Sa parole, son geste, sa pensée, tout était mou. Varajou se répétait : « Quel crétin ! »
Il était, lui, un de ces braillards tapageurs pour qui la vie n’a pas de plus grands plaisirs que le café et la fille publique. En dehors de ces deux pôles de l’existence, il ne comprenait rien. Hâbleur, bruyant, plein de dédain pour tout le monde, il méprisait l’univers entier du haut de son ignorance. »
La Confession ****
Un capitaine de régiment, sérieux, sévère et naïf, marie une jeune fille très jolie, maline et riche. Le capitaine, pendant une campagne, se retrouve ivre et se réveille dans la chambre d’une fille. Il finit par l’avouer à sa femme.
Conte assez analogue à « Les Bijoux », dans ce sens où il fait sentir tout un monde insoupçonné chez le conjoint avec qui on partage sa vie et pourtant duquel les pensées intimes réelles nous échapperont toujours. Ce monde qui nous échappe et nous inquiète, on croit parfois le deviner au détour d’un sourire, d’un regard étrange.
p. 219 : « Mlle Laurine le vit, le pénétra tout de suite et l’accepta pour mari. »
Divorce ***
Maître Bontran, spécialisé dans les cas de divorce, reçoit un gros homme rouge, notaire, qui s’est marié avec une de ses clientes qui se proposait en mariage par les journaux, avec une grosse dot. Mais celle-ci disparaît mystérieusement deux journées par semaine.
Encore une fois, ce conte aura tendance à montrer la ruse féminine – mais là encore n’est-ce pas plutôt l’homme qui se piège lui-même ? Le notaire qui croyait à une bonne affaire, qui croyait même avoir bien mené l’affaire devient en fait une bonne dupe. Malgré les soupçons justifiés qui étaient les siens, il a mordu de lui-même à l’appât à cause de l’obsession d’une idée, idée construite et proposée par la ruse féminine (a-t-elle autre option dans le jeu de domination ?). On retrouve donc le thème de l’idée obsédante qui possède et prend au piège ; et ainsi celui de la fatalité. La chute humoristique laisse resurgir l’aspect extérieur : les « qu’en dira-t-on ? » et toute la vie secrète de la femme, laissée dans l’ombre du récit (là encore comme dans « Les Bijoux »), mais pressentie.
p. 1023 : « Et je l’embrassai, ma foi. Une fois, deux fois, dix fois… si bien que… le champagne aidant… je succombai… ou plutôt… non… elle succomba.
Ah ! monsieur, j’en fis une tête, après cela… et elle donc ! Elle pleurait comme une fontaine, en me suppliant de ne pas la trahir, de ne pas la perdre. Je promis tout ce qu’elle voulut, et je m’en allai dans un état d’esprit épouvantable.
Que faire ? J’avais abusé de ma cliente. Cela n’eût été rien si j’avais eu un client pour elle, mais je n’en avais pas. C’était moi, le client, le client naïf, le client trompé, trompé par lui-même. Quelle situation ! Je pouvais la lâcher, c’est vrai. Mais la dot, la belle dot, la bonne dot, palpable, sûre ! Et puis avais-je le droit de la lâcher, la pauvre fille, après l’avoir ainsi surprise ? Mais que d’inquiétudes plus tard !
Combien peu de sécurité avec une femme qui succombait ainsi ! »
La Revanche ***
M. de Garelle a fini par divorcer de sa femme, après l’avoir battue parce qu’il était presque sûr qu’elle le trompait. Mais voilà qu’elle passe, bien élégante, dans le fond de la salle, remariée à M. de Chantever. M. de Garelle se met en devoir de devenir l’amant de son ex-femme.
Petite saynète qui amène en fait un raisonnement paradoxal d’une sur les deux types de liaison et d’autre part sur la logique qui donne un retournement absurde. Il faut aussi noter ce très facile rebond de la femme, classique chez Maupassant. Encore une fois, si la parole rapportée des hommes exprime une évidente misogynie, le point de vue de l’auteur est sans doute plus complexe, croquant de manière satirique l’homme détestable qui se piège lui-même, et admirant la femme qui se meut habilement dans les interstices de liberté d’un système fait pour l’asservir.
p. 378 : « Quelle rouée et quelle menteuse, et quelle coquette, et quelle charmeuse, pour ceux qui ne l’avaient point épousée ! Étais-je cocu ? Cristi ! quelle torture de se demander cela du matin au soir sans obtenir de certitude ! »
L’Odyssée d’une fille *****
Notre conteur aide une prostituée à passer un filet de police. Elle lui raconte son parcours d’orpheline placée chez un grainetier à Yvetot, jusqu’à sa situation actuelle de prostituée mineure à Paris.
La fille perdue sans personne au monde pour la conseiller et la protéger fit la seule chose qu’on ait bien voulu lui apprendre. Il serait aisé de replacer le récit de cette « fille » (publique) dans un cadre judiciaire (par ailleurs assez présent dans ce recueil). Cette fille que le narrateur sauve du coup de filet, aurait pu se faire arrêter, et on aurait pu l’entendre raconter son histoire au juge. Le récit du parcours de vie de la jeune fille, que le narrateur place d’emblée sous le signe de la fatalité, d’un enchaînement des choses qui n’aurait pu être différent (le mot « odyssée » renvoyant évidemment à la culture grecque où les parcours sont gouvernés par les dieux), devient un plaidoyer défendant les femmes prostituées contre l’accusation d’immoralité, de mauvaises moeurs… La fille publique est l’image radicalisée de la femme qui sort du cadre restreint des relations autorisées par les bonnes moeurs. Symboliquement, on peut ainsi voir cette défense comme une défense plus large de la femme dans une société moralisatrice – et la majorité des nouvelles du recueil peuvent être prises dans cette perspective -, qui en fait enserre les femmes dans un corset de relations piégées et perverses avec les hommes, qui les déterminent toujours d’une manière péjorative : filles couchant avant le mariage cédant à l’homme séducteur ou violent, femmes découchant et trompant leur mari aimant ou non, vieilles filles ne couchant pas, femmes physiquement dégradées par la grossesse et l’accouchement, femmes rejetées car ne pouvant enfanter… femmes idiotes car restant dévotement dans la morale maritale quand les maris les trompent, les battent et les moquent, femmes vues comme diaboliques et machinatrices lorsqu’elles s’arrangent des situations et les tournent à leur avantage…
p. 1001 : « Je pris par des rues où il y avait des femmes qui appelaient les hommes de passage. Dans ces cas-là, monsieur, on fait ce qu’on peut. Je me mis, comme elles, à inviter le monde. »
La Fenêtre ****
Un homme est invité à passer l’été dans la propriété de la femme qu’il veut marier, afin que celle-ci puisse le tester.
Conte grivois par excellence, cette petite aventure a tout pour allécher : de l’attente insupportable, de la légèreté immédiate et le baiser final, déplacé, farcesque, franchement hilarant.
p. 901 : « Je m’approchai si doucement que la jeune fille n’entendit rien. Je me mis à genoux ; je pris avec mille précautions les bords fins du jupon, et, brusquement, je relevai. Je la reconnus aussitôt, pleine, fraîche, grasse et douce, la face secrète de ma maîtresse, et j’y jetai, pardon, madame, j’y jetai un tendre baiser, un baiser d’amant qui peut tout oser. »








