Compte-rendu
1. L’entraide parmi les animaux
La majorité des animaux fonctionnent en groupe, en troupeau… Et c’est grâce au nombre, qu’ils échappent ou repoussent les prédateurs, qu’ils développent des stratégies élaborées pour survivre en milieu hostile. Il n’est pas rare de voir de l’entraide entre des groupes différents, et même entre différentes espèces (chez les oiseaux par exemple). Contrairement à ce qu’on croit souvent, les groupes d’animaux ne laissent pas tomber leurs vieux ou leurs blessés. Il semble que les prédateurs isolés aient peut-être été plus sociables avant la domination de l’homme, et que leur tendance à l’isolement pourrait être symbole d’un risque d’extinction.
passages retenus :
Solidarité comme fondement du groupe social et du bien, p. 32 :
L’amour, la sympathie et le sacrifice de soi-même jouent certainement un rôle immense dans le développement progressif de nos sentiments moraux. Mais ce n’est ni sur l’amour ni même sur la sympathie que la société est basée dans l’humanité : c’est sur la conscience de la solidarité humaine – ne fut-elle même qu’à l’état d’instinct –, sur le sentiment inconscient de la force que donne à chacun la pratique de l’entraide, sur le sentiment de l’étroite dépendance du bonheur de chacun et du bonheur de tous, et sur un vague sens de justice et d’équité, qui amènent l’individu à considérer les droits de chaque autre individu comme égaux aux siens. Sur cette large base se développent les sentiments moraux supérieurs.
Entraide chez les singes, p. 91 :
[En dehors des orangs-outangs, singes hurleurs, capucins et monos,] toutes les autres espèces de la tribu des singes – les chimpanzés, les sajous, les sakis, les mandrilles, les babouins, etc. – sont sociables au plus haut degré. Ils vivent en grande bande et se joignent même à d’autres espèces que la leur. La plupart d’entre eux deviennent tout à fait malheureux quand ils sont solitaires. Les cris de détresse de l’un d’eux font accourir immédiatement la bande entière, et ils repoussent avec hardiesse les attaques de la plupart des carnivores et des oiseaux de proie. Les aigles eux-mêmes n’osent pas les attaquer. C’est toujours par bandes qu’ils pillent nos champs, les vieux prenant soin de la sûreté de la communauté. Les petits ti-tis dont les douces figures enfantines frappèrent tant Humboldt, s’embrassent et se protègent les uns les autres quand il pleut, roulant leur queue autour du cou de leurs camarades grelottants. Plusieurs espèces montrent la plus grande sollicitude pour leurs blessés, et n’abandonnent pas un camarade blessé pendant la retraite jusqu’à ce qu’ils se soient assurés qu’il est mort et qu’ils sont impuissants à le rappeler à la vie.
L’intelligence sociale, p. 99 :
Le langage, l’imitation et l’expérience accumulée sont autant d’éléments de progrès intellectuel dont l’animal non social est privé. Aussi trouvons-nous à la tête des différentes classes d’animaux les fourmis, les perroquets, les singes, qui tous unissent la plus grande sociabilité au plus grand développement de l’intelligence. Les mieux doués pour la vie sont donc les animaux les plus sociables, et la sociabilité apparaît comme un des principaux facteurs de l’évolution, à la fois directement, en assurant le bien-être de l’espèce tout en diminuant la dépense inutile d’énergie, et indirectement en favorisant le développement de l’intelligence.
2. L’entraide parmi les sauvages
Les premières sociétés humaines, tout comme les tribus sauvages encore existantes, vivaient en groupes ou clans, maintenus par l’idée d’une origine commune ou par l’adoration d’ancêtres communs, et non autour de la cellule familiale. Le partage, l’amitié et la solidarité sont les valeurs principales des groupes de chasseurs-cueilleurs. Il y a peu de disputes entre les membres du groupe. Tous s’occupent des enfants, des blessés et des personnes âgées. Personne ne mange seul. Toutefois, si le groupe est trop gros pour la subsistance ou pour être organisé, il limite son nombre (infanticides, abandon des personnes âgées, cannibalisme des capturés), ou se scinde. Chaque clan respecte à peu près le territoire du clan voisin, avec lequel il échange volontiers les jeunes garçons et les jeunes filles. La tribu punit son propre membre en cas d’affront de celui-ci à une autre tribu. Par les restrictions de mariage dans le clan (inceste), le clan se transforme peu à peu en assemblage de familles patriarcales.
passages retenus
Du mariage communal à la famille patriarcale, p. 130 :
L’humanité a traversé, à ses commencements, une phase qui peut être décrite comme celle du « mariage communal » ; c’est-à-dire que dans la tribu les maris et les femmes étaient en commun sans beaucoup d’égards pour la consanguinité. Mais il est aussi certain que quelques restrictions à ces libres rapports s’imposèrent dès une période très reculée. D’abord le mariage fut prohibé entre les fils d’une mère et les sœurs de cette mère, ses petites filles et ses tantes. Plus tard, il fut prohibé aussi entre les fils et les filles d’une même mère, et de nouvelles restrictions suivirent celles-ci. L’idée d’une gens ou d’un clan, comprenant tous les descendants présumés d’une même souche (ou plutôt tous ceux qui s’étaient réunis en un groupe) se développa, et le mariage à l’intérieur du clan fut totalement prohibé. Le mariage resta encore « communal », mais la femme ou le mari devaient être pris dans un autre clan. […] Quant à la famille, les premières germes en apparurent au sein de l’organisation des clans. Une femme capturée à la guerre dans quelque autre clan, et qui auparavant aurait appartenu à la gens entière, put être gardée à une époque postérieure par le ravisseur, moyennant certaines obligations envers la tribu. Elle pouvait être amenée par lui dans une hutte séparée, après avoir payé un certain tribut au clan, et ainsi se constituait à l’intérieur de la gens la famille patriarcale séparée, dont l’apparition marquait une phase tout à fait nouvelle de la civilisation.
Le partage de celui qui a réussi à s’enrichir, p. 143 :
La vie des esquimaux est basée sur le communisme. Ce qu’on capture à la pêche ou à la chasse appartient au clan. Mais dans plusieurs tribus, particulièrement dans l’ouest, sous l’influence des Danois, la propriété privée pénètre dans les institutions. Cependant ils ont un moyen à eux pour obvier aux inconvénients qui naissent d’une accumulation de richesses personnelles, ce qui détruirait bientôt l’unité de la tribu. Quand un homme est devenu riche, il convoque tous les gens de son clan à une grande fête, et après que tous on bien mangé, il leur distribue toute sa fortune. Sur la rivière Yukon, Dall a vu une famille aléoute distribuer de cette façon 10 fusils, 10 vêtements complets en fourrures, 200 colliers de perles de verre, de nombreuses couvertures, 10 fourrures de loups, 200 de castors et 500 de zibelines. Après cela, les donateurs enlevèrent leurs habits de fête, les donnèrent aussi, et mettant de vieilles fourrures en loques, ils adressèrent quelques mots à leur clan, disant que, bien qu’ils fussent maintenant plus pauvres qu’aucun d’eux, ils avaient gagné leur amitié.
La prétendue immoralité des sauvages, p. 150-151 :
Quand un sauvage sent qu’il est un fardeau pour sa tribu ; quand chaque matin sa part de nourriture est autant de moins pour la bouche des enfants qui ne sont pas aussi stoïques que leurs pères et crient lorsqu’ils ont faim ; quand chaque jour il faut qu’il soit porté le long du rivage pierreux ou à travers la forêt vierge sur les épaules de gens plus jeunes (point de voitures de malades, point d’indigents pour les rouler en pays sauvage), il commence à répéter ce que les vieux paysans russes disent encore aujourd’hui : Tchoujôï vek zaiedàöu, pora na pokôï ! (je vis la vie des autres : il est temps de me retirer). Et il se retire.
Les Sauvages, en général, éprouvent tant de répugnance à ôter la vie autrement que dans un combat, qu’aucun d’eux ne veut prendre sur lui de répandre le sang humain. Ils ont recours alors à toutes sortes de stratagèmes, qui ont été très faussement interprétés. Dans la plupart des cas, ils abandonnent le vieillard dans les bois, après lui avoir donné plus que sa part de nourriture commune. Des expéditions arctiques ont fait de même quand elles ne pouvaient plus porter leurs camarades malades. « Vivez quelques jours de plus ! Peut-être arrivera-t-il quelque secours inattendu. »
Lorsque nos savants occidentaux se trouvent en présence de ces faits, ils ne peuvent les comprendre. Cela leur paraît inconciliable avec un haut développement de la moralité dans la tribu, et ils préfèrent jeter un doute sur l’exactitude d’observations dignes de foi, au lieu d’essayer d’expliquer l’existence parallèle de deux séries de faits : à savoir une haute moralité dans la tribu, en même temps que l’abandon des parents et l’infanticide. Mais si ces mêmes Européens avaient à dire à un Sauvage que des gens, extrêmement aimables, aimant tendrement leurs enfants, et si impressionnables qu’ils pleurent lorsqu’ils voient une infortune simulée sur la scène, vivent en Europe à quelques pas de taudis où des enfants meurent littéralement de faim, le Sauvage à son tour ne les comprendrait pas.
3. L’entraide parmi les barbares
En suivant les exemples particulièrement documentés des Celtes, Slaves, Mongols, Turkmènes ou Kabyles, et autres peuples germains connus comme « barbares », les clans ou unions de familles à la période de sédentarisation, s’installèrent sur des territoires communs et formèrent ainsi des communes villageoises. Le village était constitué de petites huttes de famille et de maisons longues regroupant plusieurs familles ou des jeunes. Plusieurs villages formaient une tribu et les tribus formaient des confédérations qui assuraient la bonne entente des tribus et la défense de celles-ci. La terre était distribuée à chaque village. Puis chaque village organisait la culture des terres en commun, les travaux d’aménagement et de construction, le soutien mutuel, les règles de vie et rendait donc justice, imposant la compensation au lieu de la loi du talion. Ceux extérieurs au village qui ont à voir avec l’un des membres ont à voir avec tout le village.
Le sens de la solidarité et de l’hospitalité, p. 190 :
Mais c’est l’habitude chez les Bouriates, particulièrement ceux de Koudinsk – et une habitude est plus qu’une loi – que si une famille a perdu ses bestiaux, les plus riches familles lui donnent quelques vaches et quelques chevaux, afin qu’elle puisse se relever. Quant à l’indigent qui n’a pas de famille, il prend ses repas dans les huttes de ses congénères ; il entre dans une hutte, s’assied près du feu – par droit, non par charité – et partage le repas qui est toujours scrupuleusement divisé en parts égales ; il dort où il a pris son repas du soir.
4. L’entraide dans la cité du Moyen-Âge
Les migrations barbares venant s’installer dans l’empire romain, provoquèrent des guerres de territoires. L’autorité judiciaire, religieuse et la propriété des terres par les villages étaient disputées et peu à peu gagnées par les seigneurs de guerre, évêques de l’Église chrétienne et rois, à travers le lien de féodalité. Mais certains villages organisant eux-mêmes leur protection à l’intérieur de murs se constituèrent en cités gérant eux-mêmes les lois, la justice, l’organisation des travaux, le soutien mutuel et la défense contre les seigneurs et ennemis… Ils élisaient leur défenseur, leur magistrat et leur évêque. Toutes les industries de la ville pourvoyaient aux besoin des habitants et à la construction de la cité. Dans le cadre de l’artisanat, de l’industrie et du commerce, ou de n’importe quelle action, chaque métier s’organisait en guilde, réglant les prix, les niveaux de qualité, les droits et devoirs du travail, rendant justice et assurant le soutien mutuel contre les accidents, pour l’installation… La centralisation du pouvoir royal détruisit progressivement ces organisations collectives.
Solidarité dans les guildes, p. 230-231 :
Les guildes répondaient à un besoin profond de la nature humaine, et elles réunissaient toutes les attributions que l’État s’appropria plus tard par sa bureaucratie et sa police. Elles étaient plus que cela, puisqu’elles représentaient des associations pour l’appui mutuel en toutes circonstances et pour tous les accidents de la vie, « par action et conseil » ; c’étaient aussi des organisations pour le maintien de la justice, différents en ceci de l’État qu’en toutes occasions intervenait un élément humain, fraternel, au lieu de l’élément formaliste qui est la caractéristique essentielle de l’intervention de l’État. Quand il apparaissait devant le tribunal de la guilde, le frère avait à répondre à des hommes qui le connaissaient bien et avaient été auparavant à ses côtés dans leur travail journalier, au repas commun, pendant l’accomplissement de leurs devoirs confraternels : des hommes qui étaient ses égaux et véritablement ses frères, non des théoriciens de la loi, ni des défenseurs des intérêts des autres.
La vitalité artistique des cités médiévales, p. 268-270 :
Comme l’art grec, [l’architecture médiévale] jaillissait d’une conception de fraternité et d’unité engendrée par la cité. Elle avait une audace qui ne peut s’acquérir que par des luttes audacieuses et des victoires ; elle exprimait la vigueur, parce que la vigueur imprégnait toute la vie de la cité. Une cathédrale, une maison communale symbolisaient la grandeur d’un organisme dont chaque maçon et chaque tailleur de pierres était un constructeur ; et un monument du Moyen-Âge n’apparaît jamais comme un effort solitaire, où des milliers d’esclaves auraient exécuté la part assignée à eux par l’imagination d’un seul homme – toute la cité y a contribué. Le haut clocher s’élevait sur une construction qui avait de la grandeur par elle-même, dans laquelle on pouvait sentir palpiter la vie de la cité ; ce n’était pas un échafaudage absurde comme la tour en fer de 300 mètres de Paris, ni une simili bâtisse en pierre faite pour cacher la laideur d’une charpente de fer comme le Tower Bridge à Londres. Comme l’Acropole d’Athènes, la cathédrale du Moyen-Âge était élevée dans l’intention de glorifier la grandeur de la cité victorieuse, de symboliser l’union de ses arts et métiers, d’exprimer la fierté de chaque citoyen dans une cité qui était sa propre création. […] Les ressources dont on disposait pour ces grandes entreprises étaient d’une modicité étonnante. La cathédrale de Cologne fut commencée avec une dépense annuelle de 500 marks seulement ; un don de 100 marks fut inscrit comme une grande donation […] Mais chaque corporation contribuait pour sa part en pierres, en travaux et en inventions décoratives pour leur monument commun. Chaque guilde y exprimait ses conceptions politiques, racontant en bronze ou en pierre, l’histoire de la cité, glorifiant les principes de « Liberté, Égalité et Fraternité », louant les alliés de la cité et vouant ses ennemis aux feux éternels. Et chaque guilde témoignait son amour au monument communal en le décorant de vitraux, de peintures, de « grilles dignes d’être les portes du Paradis », comme le dit Michel-Ange, ou en décorant de sculptures en pierre les plus petits recoins du bâtiment. […] « Aucune œuvre ne doit être entreprise par la commune si elle n’est conçue selon le grand coeur de la commune, composé des coeurs de tous les citoyens, unis dans une commune volonté » – telles sont les paroles du Conseil de Florence ; et cet état d’esprit apparaît bien dans toutes les œuvres communales d’une utilité sociale : les canaux, les terrasses, les vignobles et les jardins fruitiers autour de Florence, ou les canaux d’irrigation qui sillonnent les plaines de Lombardie, ou le port et l’aqueduc de Gênes, bref tous les travaux de cette sorte qui furent accomplis par presque toutes les cités.
5. L’entraide de nos jours
Quand il ne les combat pas, l’État centralisé rend caduc ou difficiles les organisations collectives comparables à celles qui ont dominé au Moyen-Âge. Les communes villageoises perdurent jusqu’à nos jours bien que de moins en moins nombreuses, toutefois là où l’État est défaillant, elles ressurgissent. Les guildes ont laissé place à des unions de travailleurs ou syndicats qui s’entraident pour défendre leurs conditions de vie et de travail, notamment à travers les grèves et le militantisme politique. Une autre continuité des logiques d’organisation collective se trouve dans les coopératives et la vie associative. Mais la plus grande preuve de la persistance de l’entraide se trouve dans la misère. Dès que des hommes et femmes se retrouvent en marge du système individualiste, ils renouent avec les systèmes d’entraide.
La décharge des obligations d’entraide par l’État et l’impôt, p. 286 :
L’absorption de toutes les fonctions par l’État favorisa nécessairement le développement d’un individualisme effréné, et borné à la fois dans ses vues. À mesure que le nombre des obligations envers l’État allait croissant, les citoyens se sentaient dispensés de leurs obligations les uns envers les autres. Dans la guilde – et au Moyen Âge, chacun appartenait à quelque guilde ou fraternité – deux « frères » étaient obligés de veiller chacun à leur tour un frère qui était tombé malade ; aujourd’hui on considère comme suffisant de donner à son voisin l’adresse de l’hôpital public le plus proche. Dans la société barbare, le seul fait d’assister à un combat entre deux hommes, survenu à la suite d’une querelle, et de ne pas empêcher qu’il y ait une issue fatale, exposait à des poursuites comme meurtrier ; mais avec la théorie de l’État protecteur pour tous, le spectateur n’a pas besoin de s’en mêler : c’est à l’agent de police d’intervenir, ou non. Et tandis qu’en pays sauvage, chez les Hottentots par exemple, il serait scandaleux de manger sans avoir appelé à haute voix trois fois pour demander s’il n’y a personne qui désire partager votre nourriture, tout ce qu’un citoyen respectable doit faire aujourd’hui est de payer l’impôt et de laisser les affamés s’arranger comme ils peuvent. Aussi la théorie, selon laquelle les hommes peuvent et doivent chercher leur propre bonheur dans le mépris des besoins des autres, triomphe-t-elle aujourd’hui sur toute la ligne – en droit, en science, en religion. C’est la religion du jour, et douter de son efficacité c’est être un dangereux utopiste.
La grève, p. 331 :
En outre, chaque membre d’une union a toujours à envisager la grève ; et l’effrayante réalité de la grève, c’est que le crédit limité d’une famille d’ouvriers chez le boulanger et le prêteur à gages est vite épuisé, la paye de grève ne mène pas loin, même pour la simple nourriture, et la faim se lit bientôt sur les figures des enfants. Pour celui qui vit en contact intime avec les ouvriers, une grève qui se prolonge est un spectacle des plus déchirants […]. Aujourd’hui encore, les grèves se terminent souvent par la ruine totale et l’émigration forcée des populations entières ; et quant à la fusillade des grévistes, pour la plus légère provocation, ou même sans provocation, c’est encore tout à fait habituel en Europe.
Cependant, à chaque année, il y a des milliers de grèves et de contre-grèves patronales en Europe et en Amérique – et les luttes les plus longues et les plus terribles sont, en général, celles que l’on nomme « les grèves de sympathie », entreprises par les ouvriers pour soutenir leurs camarades renvoyés en masse, ou pour défendre les droits d’association. Et tandis qu’une partie de la presse est disposée à expliquer les grèves par l’« intimidation », ceux qui ont vécu parmi les grévistes parlent avec admiration de l’aide et du soutien mutuel qui sont constamment pratiqués entre eux.
La misère, p. 350 :
« Quand les enfants de l’école demandent du pain, ils rencontrent rarement, ou plutôt jamais, un refus » m’écrit une dame de mes amies, qui a travaillé plusieurs années dans Whitechapel en relation avec un club d’ouvriers. Mais je ferais peut-être aussi bien de traduire encore quelques passages de sa lettre :
Que des voisins viennent vous soigner, en cas de maladie, sans l’ombre de rémunération, c’est une habitude tout à fait générale parmi les ouvriers. De même lorsqu’une femme a de petits enfants et sort pour travailler, une autre mère prend toujours soin d’eux.
Si dans la classe ouvrière ils ne s’aidaient pas les uns les autres, les ne pourraient exister. Je connais bien des familles qui s’aident continuellement l’une l’autre – en argent, en nourriture, en combustible, pour élever les petits enfants, ou bien en cas de maladie ou de mort.
« Le tien » et « le mien » est beaucoup moins strict parmi les pauvres que parmi les riches. Ils s’empruntent constamment les uns aux autres des souliers, des habits, des chapeaux, etc. – tout ce dont on peut avoir besoin sur le moment – ainsi que toute espèce d’ustensiles de ménages.