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Tranche ton oreille : Apostrophe à Pivot, Cousse (pamphlet)

Ce toutou de la télé qui vous vend la littérature au poids

Cousse (Raymond) 1983, Apostrophe à Pivot, Mille et une Nuits, 1996

Tiré de A bas la critique et Vive le Québec libre (1983).

Note : 3.5 sur 5.

Résumé

Certes, Bernard Pivot ne l’a pas invité malgré le succès de sa Stratégie pour deux jambons, livre qui lui avait été expédié accompagné d’un jambon. Mais le problème n’est pas là. A cause de sa personnalité simple, près du peuple, notamment avec son goût pour le football, l’émission littéraire de Bernard Pivot fait la pluie et le beau temps sur les ventes, alors que sa critique littéraire tient plutôt du placement de produits.

Raymon Cousse (1942-1991)
D’une famille bretonne vivant à Saint-Germain-en-Laye, il pratique beaucoup de sport et notamment l’athlétisme. Il découvre Samuel Beckett et se lance dans l’écriture. Il commence un premier roman, Enfantillages, mais c’est au théâtre, qu’il démarre vraiment sa carrière, en autodidacte, avec La Terrine du chef, en 74. Son roman Stratégie pour deux jambons est publié en 78, adapté à la scène en 79 et obtient un immense succès. Il continue d’écrire et de jouer, fait redécouvrir le méconnu Emmanuel Bove. Il se suicide en 91.

Commentaires

S’inscrivant dans une tradition pamphlétaire plutôt pauvre en France (à part les pamphlets antisémites de Céline, non réédités et donc méconnus), Raymond Cousse prend le risque de s’attaquer aux critiques littéraires (à travers tout son ouvrage A bas la critique…), n’est-ce pas suicidaire de la part d’un auteur qui en attend la reconnaissance ? Il s’attaque au plus médiatique d’entre eux, le télégénique Bernard Pivot. Cousse va jusqu’au bout de la destruction littéraire, terminant d’ailleurs par un passage en revue – et donc une exécution sommaire – des mésoeuvres scripturales de Bernard Pivot. Comme dans ses romans et spectacles – ce pamphlet a d’ailleurs des airs de one-man-show qui feront penser pour leur mordant à Desproges ou Dieudonné –, il use de toute sa verve acide, de toutes les ressources du genre, avant tout le rire, mais ne tombe pas dans l’attaque facile à la personne. C’est sur sa légitimité à parler de littérature que Pivot est attaqué, c’est en tant qu’acteur central et mis en avant d’un système commercial destructeur qu’il est attaqué, c’est à cause justement de son visage sympathique, bon vivant, inoffensif qu’il est hautement dangereux entre les mains de ce système.
Mais le temps a à peine gardé trace de la courte carrière de Raymond Cousse, pourtant talentueux, et Bernard Pivot à continuer de gravir les échelons des cotes de popularité, devenant le représentant même de l’identité littéraire par le biais de ses célèbres dictées télévisées, grandes messes élitistes qui continuent de maintenir la rigidité d’un système orthographique et grammatical plein d’absurdités, incohérences, contradictions et exceptions, savoir qui se prétend hautement intellectuel quand il est seulement culture fétichiste, système qui par conséquent maintient l’horrible insécurité linguistique du plus grand nombre. Or il en va de même pour la littérature médiocre applaudie dans les émissions littéraires médiatiques telles qu’Apostrophe : élitiste, fétichiste d’une culture et d’une histoire autocentrée, jeux de références et de révérences…

Passages retenus

Le toutou de garde, p. 25 :
Un totalitarisme fondé sur l’économie d’abondance s’appuie beaucoup plus sur la séduction que la force brutale. Celui qui tire vos ficelles, pour être de charme, n’en sert pas moins la cause d’un décervelage général. Sans même y penser – mais avez-vous jamais pensé à quoi que ce soit dans votre existence ? – vous êtes le militant d’une cause qui vous dépasse infiniment. Mais je vous sais trop bovin dans l’âme pour vous arrêter, ne fût-ce qu’une seconde, à cette considération.
Plutôt que d’inviter, comme récemment, un professeur américain à élucider le mystère du déclin de notre littérature à l’étranger, vous seriez plus inspiré de vous demander en quoi votre émission contribue à l’achever. Notre littérature est insignifiante que parce que l’appareil qui la régit est devenu schizophrénique. Ayant perdu le sens de toute finalité artistique, il n’est plus qu’une machine à brasser du fric et du vent. Bien des raisons à cette situation infamante : composition sociologique du milieu éditorial, restructuration des maisons d’édition dans le sens qu’on imagine, ajustement de la production à la seule rentabilité immédiate, invasion des techniques nouvelles, corruption de la critique et des auteurs, etc. Ces maux qui affectent l’Occident trouvent chez nous, du fait de la centralisation aberrante, un terrain privilégié. L’uniformisation de la production ne peut que ruiner la création. Il n’y a déjà plus en France de littérature digne de ce nom. A la place et dans le temps qui étaient les vôtres, vous aurez été un jour l’artisan docile de cette mise à mort.

Attaque contre le football, p. 37-38 :
Vous ne m’empêcherez toutefois pas de penser qu’il faut être un tantinet demeuré, à près de cinquante ans, pour passer ses dimanches à donner des coups de pied et de tête – creux contre creux – dans un ballon. A votre âge, compte tenu du peu de cervelle qui vous reste, vous gagneriez à épargner vos dernières cellules. Tout montre en effet qu’elles en ont grand besoin. J’ajoute que vos tares éclatent suffisamment par ailleurs sans qu’il soit indispensable de vous faire à l’écran le prosélyte de ces mornes bacchanales. Ce sont sans aucun doute vos propos sur le football qui reflètent le plus votre affligeante nature, ce côté Dupont-la-Joie imbécile heureux et cocardier. Il suffit d’observer à la sortie des stades les meutes de supporters alcooliques et braillards et leur faciès déformé par le crétinisme chauvin pour être édifié sur la valeur éducative du sport de compétition. De tout temps les pouvoirs ont eu grand besoin de ces saturnales de la bêtise et de l’infantilisme. Ce sont autant d’écoles de la soumission.

Publié par Cyber Luron

Une nuit de prolo, je suivis par hasard un prince et entrai à la taverne des rêves et croyances. Carnaval de fantômes. Dans le cabaret des miracles, je cherchais le non-dit ; en coulisses, je démasquai les bavards littéraires et m'aperçus que j'en portais également ; à la tour des langues, je redescendis dans l'atelier. J'y oeuvre, contemplant la nature, songeant aux premiers hommes qui vivaient sans y penser, groupés.

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