
La pierre aussi a une voix et une histoire
George Sand 1876, Le Marteau rouge [in Contes d’une grand mère, seconde série], Calmann-Lévy
Résumé
La grand-mère raconte l’histoire d’un grand rocher à travers les âges, et à travers les différentes formes qu’il a pris.
Contes d’une grand-mère, seconde série
- Le Chêne parlant
- Le Chien et la Fleur sacrée
- L’Orgue du Titan
- Ce que disent les fleurs
- Le Marteau rouge
- La Fée Poussière
- Le Gnome aux huîtres
- La Fée aux gros yeux
Commentaires
Après les arbres, les animaux, le paysage et les fleurs dans le reste du recueil, ce conte prend pour héros la matière même. Dépassant le cadre de l’histoire d’un objet, c’est à la matière même que Sand semble conférer une âme, une existence et presque une sensibilité, une voix. Le parcours de la roche, fait de cassures, de transformations, de rencontres et d’abandons, de renouveau et de fin triste, éveille la sensibilité à la matière même, qui participe à la vie et doit également être respectée. Le message écologique est on ne peut plus clair, et très en avance sur une époque où domine la révolution industrielle et où triomphe l’extraction des matières du sol comme le charbon.
Mais l’invention est aussi le prétexte à une traversée des âges, notamment celle des peuples sauvages puis barbares.
Passages retenus
p. 97 :
Rien n’est philosophe et résigné comme un caillou. Celui dont j’essaye de vous dire l’histoire n’était plus représenté un peu dignement que par un des huit morceaux, lequel était encore gros comme votre tête, et, à peu près aussi rond, vu que les eaux qui avaient émietté les autres, l’avaient roulé longtemps. Soit qu’il eût plus de chance, soit qu’on eût eu des égards pour lui, il était arrivé beau, luisant et bien poli jusqu’à la porte d’une hutte de roseaux où vivaient d’étranges personnages.
C’étaient des hommes sauvages, vêtus de peaux de bêtes, portant de longues barbes et de longs cheveux, faute de ciseaux pour les couper, ou parce qu’ils se trouvaient mieux ainsi, et peut-être n’avaient-ils pas tort, mais s’ils n’avaient pas encore inventé les ciseaux, ce dont je ne suis pas sûr, ces hommes primitifs n’en étaient pas moins d’habiles couteliers.
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