Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer

Passe en coulisses : On ne badine pas avec l’amour, Musset (théâtre)

Idéaliser l’amour, c’est le rendre impossible

Musset (Alfred de) 1834, On ne badine pas avec l’amour [in Théâtre 1], GF Flammarion, 1964

Note : 4 sur 5.

Résumé

Perdican et Camille sont cousins. Cela fait dix ans qu’ils ne s’étaient pas revus. Perdican a terminé ses études et songe à s’établir. Camille a fait son éducation dans un couvent. Dans le château où ils ont grandi, ils retrouvent l’attachement qu’ils avaient l’un pour l’autre. Perdican se déclare mais Camille se méfie des hommes, nie ses sentiments et songe à prononcer ses vœux pour devenir nonne. Perdican veut susciter en elle de la jalousie et séduit Rosette, jeune paysanne qui avait grandi avec eux.

Commentaires

Cette pièce est bien-sûr une critique de l’éducation religieuse et plus encore, de l’éducation prude qu’on donne traditionnellement aux jeunes filles, qu’on rend malheureuse par crainte. Mais plus encore ici, c’est aussi le jeu de l’amour qui est critiqué et qui provoque le malheur et la tragédie finale. Car en fait, on sait que l’orgueil de la jeune femme finira par être vaincu, qu’au fond elle attend simplement d’être vaincue, de donner un peu de prix à sa conquête. C’est donc principalement ce jeu qui détruit les autres à commencer par la pauvre Rosette mais également les deux amoureux. Le jeu social, l’orgueil, l’éducation, sont donc des ennemis mortels pour l’amour.
La pièce part sur un ton de comédie, et la mention de jeu, comme le déroulement de l’intrigue, les dissimulations, feront songer à Marivaux, par exemple « Le Jeu de l’amour et du hasard ». Mais la pièce se termine en véritable drame romantique (mort, malheur éternel). Peut-on d’ailleurs voir le drame comme une métaphore de l’amour défunt de Sand et Musset, dont l’histoire s’est terminée à Venise plus tôt dans l’année ?
Hormis l’intrigue, on entend surtout par les paroles des deux personnages des élans romantiques : lyriques, grandiloquents, décidés, engagés ou entêtés dans leurs décisions quitte à en souffrir… Ces deux personnages sont de jeunes idéalistes, des types romantiques. Ils provoquent eux-même leur malheur par leur quête d’absolu, de pureté… une quête très aristocratique, mais touchante. Le marivaudage qui devrait être un jeu agréable préfigurant, préparant à l’amour, est ici meurtrier, fatal. Peut-être parce qu’ils prennent trop au sérieux leurs sentiments, leurs engagements, leur passion… Le lieu de l’action, le château, l’extérieur, la nature, la campagne, la forêt est également symbolique du romantisme.

Passages retenus

p. 291 :

Je connais ces êtres charmants et indéfinissables. Soyez persuadé qu’elles aiment à avoir de la poudre dans les yeux, et que plus on leur en jette, plus elles les écarquillent, afin d’en gober davantage.


p. 296 :

Oui, il y a dix ans que je ne vous ai vus, et en un jour tout change sous le soleil. Je me suis élevé de quelques pieds vers le ciel, et vous vous êtes courbés de quelques pouces vers le tombeau. Vos têtes ont blanchi, vos pas sont devenus plus lents ; vous ne pouvez plus soulever de terre votre enfant d’autrefois. C’est donc à moi d’être votre père, à vous qui avez été les miens.

L’importance fondamentale de l’amour, p. 313 :

Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.

Publié par Cyber Luron

Une nuit de prolo, je suivis par hasard un prince et entrai à la taverne des rêves et croyances. Carnaval de fantômes. Dans le cabaret des miracles, je cherchais le non-dit ; en coulisses, je démasquai les bavards littéraires et m'aperçus que j'en portais également ; à la tour des langues, je redescendis dans l'atelier. J'y oeuvre, contemplant la nature, songeant aux premiers hommes qui vivaient sans y penser, groupés.

Un avis sur « Passe en coulisses : On ne badine pas avec l’amour, Musset (théâtre) »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :