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Ramasse tes lettres : Vie du chien Horla, Renaud Camus (roman)

Le chien est-il votre servant ou votre compagnon ?

Note : 3.5 sur 5.

Camus (Renaud) 2003, Vie du chien Horla, P.O.L.

Résumé

Après avoir acheté un labrador couleur sable, appelé Hapax, un maître revient acheter son demi-frère, tout noir, le Horla. Auparavant, on lui avait donné un chien de chasse, Homps, mais celui-ci ne s’intéressait pas à son maître qui ne comprenait pas la chasse. Tandis que Hapax devint le chef de la meute, le parfait chien de maison qui rapporte toujours la balle, Horla était plus aimant, passionné de son maître, mélancolique, boudeur… Il s’absentait parfois plusieurs jours.

Commentaires

Au long de cette biographie de chien, Renaud Camus, clamant vouloir éviter la psychologie calquée sur l’humain, décortique les comportements de l’animal avec une grande sensibilité. La hiérarchisation sociale des animaux, parallèle à celle des hommes, mais sous la table. Ainsi en considérant l’application de la loi du plus fort, du dominant, chez l’animal, on en viendrait comme malgré nous à l’idée que peut-être la domination est également naturelle chez l’homme, logique découlant de la sensibilité, des tendances à la domination et de la supériorité de certains. Or, cette vie domestique des animaux, est entièrement dépendante du monde des hommes, n’est-ce pas l’homme qui impose les relations de domination avec les espèces avec lesquelles il entre en interaction ? Le lien étymologique entre domestication et domination est d’ailleurs évident. Le latin dominus, maître de maison poserait presque comme évidence la sédentarisation comme structuration d’une hiérarchie sociale, ou d’espèces, lutte pour la maîtrise d’un territoire clos appelé maison (doma, en russe).
Si le parallèle avec l’invention de Maupassant est trop poussée et forcée, l’analyse de l’évolution de ce chien, de son caractère, par rapport à ce qui l’entoure, est fine et touchante. Le chien Horla représente le chien à la fois dans ce qu’il a de plus touchant, son attachement, sa fidélité sans bornes, son amour, à son maître, mais aussi dans ce qui échappe à la domestication. C’est en cela qu’il porte bien son nom. Il conserve une indépendance de caractère, il refuse l’asservissement et donc la réduction de sa nature à l’obéissance à certaines fonctions accordées. Il revendique une liberté. En tant qu’être imprévisible, conservant dans la domestication une profondeur sauvage, qui échappe à l’homme, le Horla représente une alternative à ce monde de domination du plus fort, de flatterie pour les miettes, ce monde de l’utile (les autres chiens peuvent représenter des figures d’employé modèle et d’employé compétent). Le Horla est la force de caractère, l’instinct, l’incalculé ou face obscure du monde rationnel. N’est-ce pas aussi le passionnant de l’existence ? Le chien est intéressant parce qu’il a ce caractère imprévisible.

Passages retenus

p. 43 :

Cependant l’historien, ici, ne voudrait pas mélanger les époques. Et toujours le danger est de forcer le trait. Autant et plus que les deux autres H., Horla fut un jeune chien insupportable – insupportable même, et surtout, et presque exclusivement, pour ce maître qu’il allait tant aimer. Il ne faisait que des bêtises. Mais il n’était pas facile de démêler ce qui, dans ces bêtises, précédait l’amour qu’on a dit, l’ignorait encore, le défiait, le contredisait, le pressentait ou bien en procédait déjà.
C’était un chien qu’on ne pouvait pas laisser seul, même en la compagnie des autres chiens. Il mettait la maison sens dessus dessous – lui ou un autre, bien-sûr : mais il y a de bonnes raisons de penser qu’il prit plus que sa part aux considérables désordres dont cette première période fut marquée.
Chaque fois que le maître devait s’absenter il trouvait en rentrant son logis bouleversé, ses papiers déchirés, ses vêtements en loques, les meubles saccagés et tout ce beau désastre parachevé par les peu savoureuses signatures, largement étalées, qu’il a bien fallu évoquer plus haut, aussi délicatement qu’on a pu. Pour tâcher de circonscrire leurs méfaits, il lui arrivait d’enfermer ses chiens dans une seule pièce, la plus étroite. Mais la catastrophe, d’être plus concentrée, n’en était que plus accablante.

p. 99 :

Mais même au sein de la présence il y a des trous, des manques, des gouffres qui se creusent, l’évidence d’un défaut, d’une inadéquation. C’est vrai entre les hommes, c’est vrai entre les hommes et les femmes, c’est encore bien plus vrai entre les hommes et les chiens. Soudain quelque chose ne passe pas : on a beau être là tous les deux, on ne parvient pas à être ensemble.

Publié par Cyber Luron

Une nuit de prolo, je suivis par hasard un prince et entrai à la taverne des rêves et croyances. Carnaval de fantômes. Dans le cabaret des miracles, je cherchais le non-dit ; en coulisses, je démasquai les bavards littéraires et m'aperçus que j'en portais également ; à la tour des langues, je redescendis dans l'atelier. J'y oeuvre, contemplant la nature, songeant aux premiers hommes qui vivaient sans y penser, groupés.

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