Tombée du canap : Les Fantômes d’Ismaël, d’Arnaud Desplechin

Les affiches du film ont bien raison de mettre en avant Charlotte Gainsbourg…

Méli-mélo entre petites manies

France, 2017.
Réalisé par Arnaud Desplechin. Avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard…
Fiche Allociné.

Note : 1.5 sur 5.

Pitch :

Ismaël Dedalus écrit un film sur son jeune frère Ivan, diplomate dont il n’a plus de nouvelles. Mais il est entouré d’autres fantômes : la femme avec laquelle il s’est marié a disparu sans un mot il y a bien quinze ans ; le père de celle-ci, son parrain dans le cinéma, à moitié mort pendant la Second Guerre et depuis la disparition de sa fille… Depuis qu’il a rencontré Sylvia, ça va mieux. Mais Carlotta réapparaît…

Griffe :

Toujours aimé le cinéma d’Arnaud Desplechin, son mélange de film d’auteur psycho-familio-intello mâtiné de gouaille et de dérision. Les personnages habituellement d’une épaisseur humaine insaisissable, dépassant leurs limites fictionnelles, sont ici gonflés mais entièrement vides. Des fantômes comme annoncés… Amalric surjoue un rôle sans ligne de force, personnage se traînant insupportablement, continuant d’écrire tranquillement quand son ex femme resurgit puis disjonctant alors même qu’il s’est décidé à la quitter… Un désagrément constant. Sa folie créatrice (la création d’un film, tableaux de la Renaissance…) n’est pas plus approfondie que sa détresse (qui disparaît lorsqu’il accompagne le père pour une cérémonie), ni que son caractère. Ses goûts musicaux (hip-hop et classique) ou vestimentaires (baskets dernier cri sous laine du quatrième âge) ne sont que clins d’œil (par exemple à son personnage dans Rois et Reine). Sa bizarrerie, sa maladresse au revolver feront penser à de la caricature de Tarantino, rappelant que le film et son casting lorgnent du côté du nouveau public-monde. L’intrusion grand-guignolesque du producteur, faisant basculer le film du drame psychologique à la farce achève de prouver la faiblesse du projet. Esthétiquement, on est dans le fourre-tout.

Les fantômes ne sont pas ceux d’Ismaël, mais les ombres des manies du réalisateur qui combine les astuces en guise d’écriture : découpage non-chronologique de l’histoire sans la moindre motivation ; piste déceptrice du frère Ivan qu’on attendait et qui se détourne de l’intrigue ; la fameuse Carlotta, personnage qui aurait pu porter des valeurs féministes puissantes et colorées d’indépendance, de liberté absolue et de droit au caprice, mais qui s’évanouit dans l’anecdotique de l’hystérie (regard masculin sans profondeur). Marion Cotillard, pas du tout à sa place, n’en tire rien d’autre qu’un peu de sensualité déplacée – même pas malsaine – invitée à se dénuder comme lors de son premier rôle chez Desplechin alors qu’elle était inconnue (Dans Pourquoi je me suis disputé… ma vie sexuelle). Typiquement le film d’auteur raté, celui qui joue avec lui-même, plaisante avec lui-même, sans souci pour le spectateur consterné de voir qu’on ne s’intéresse pas à lui.

Seule Charlotte Gainsbourg apporte une valeur au film – jouant justement le seul repère stable, la seule personne tenant la route dans l’entourage du perso-réalisateur (double de Desplechin ?). Plutôt qu’une version longue, on aurait apprécié une version courte, mais sans Amalric ni Cotillard. Seulement autour de cette Sylvia astrologue fuyant sur la piste des étoiles un monde de drama queens hypocondriaques mégalonombrilistes portées à la manipulation, avant et après sa relation avec cet Ismaël sans intérêt. On aurait pu même la combiner à cette Carlotta qui choisit de délaisser ce monde raté sans un remord, et à ce troisième personnage féminin, trop rare : cette femme (Alba Rohrwacher) qui joue la femme d’Ivan dans le film et couche avec Ismaël en dehors (encore une ficelle psychanalytique facile…) mais refuse magnifiquement de se laisser absorber par cet amour d’homme égocentrique…

Publié par Cyber Luron

Une nuit de prolo, je suivis par hasard un prince et entrai à la taverne des rêves et croyances. Carnaval de fantômes. Dans le cabaret des miracles, je cherchais le non-dit ; en coulisses, je démasquai les bavards littéraires et m'aperçus que j'en portais également ; à la tour des langues, je redescendis dans l'atelier. J'y oeuvre, contemplant la nature, songeant aux premiers hommes qui vivaient sans y penser, groupés.

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