
Des valises de valeur humaine
Belgique (flamand), 2022.
Créé par Tiny Bertels. Réalisé par Nathalie Basteyns, Kaat Beels, Ibbe Daniëls.
6 épisodes, diffusion Arte.
Avec Lara Chedraoui.
Fiche Allociné.
Pitch :
22 mars 2016, à l’aéroport de Bruxelles, 7h58, trois bombes explosent. L’inspectrice Samira, spécialisée dans la sécurité, venait tout juste de sortir du hall, un café en main. Heureusement qu’elle n’est pas touchée, elle était enceinte. Elle est chargée du tri et de la restitution des valises. La souffrance des victimes et proches de des victimes résonne étrangement en elle. Elle fait une fausse couche…
Griffe :
De prime abord, le sujet paraît peu excitant avec un côté hommage aux disparus des attentats avec pathos facile. Rien de cela, la série surprend par son absence d’intrigue classique : pour la première fois peut-être, la protagoniste agent de police n’enquête sur aucun délit ni crime… mais elle est chargée du lien, du contact avec les victimes – elle-même étant une victime qui s’ignore. En soi une performance, ce rôle de la police étant bien souvent passé sous silence, minimisé et en tout cas non reconnu. C’est la nécessité et l’importance primordiale de cette fonction que le personnage de Samira va venir à comprendre elle-même, à défendre et imposer tant à ses proches qu’à ses collègues. L’attention portée à l’équilibre de l’intériorité humaine, et le respect soudain de son attachement puéril à de vieux objets abîmés, relève du paradoxe dans le monde de la surconsommation, de la vitesse, du renouvellement, de l’aller de l’avant… Or, il ne s’agit nullement de la gestion spécifique d’un traumatisme extraordinaire, mais de le prise de conscience d’une inadéquation entre priorités humaines profondes et civilisation de superficialité.
La tragédie, à la manière du procès dans La maison de la rue en pente, a une résonance dans la profondeur du personnage de Samira, en tant que femme et en tant que mère potentielle, provoquant un malaise existentiel autour de son aptitude à engendrer la vie dans une civilisation défaillante. La violence du choc des attentats a créé comme un jeu entre les engrenages de la vie, un jour laissant entrevoir le dysfonctionnement de la machine sociale, et la jeune policière cherche à réparer son rôle dans cette machine. La focalisation autour d’elle et de ses ressentis donne une épaisseur féministe à la série. Le visage omniprésent de Samira, dégageant générosité et opiniâtreté, représenterait bien un nouvel idéal de femme libérée de la contrainte imposée par l’homme (qui a ici des fonctions habituellement réservées à la représentation de la femme : toujours au foyer, s’intéressant à la déco de la chambre, travaille dans l’éducation…), femme impliquée dans son travail jusqu’à en réorienter les buts, mais conservant et redéfinissant ses qualités dites « maternelles » (contrairement au cliché de la femme-cheffe d’entreprise devenant dragonne virile). Les conséquences de la fausse couche sur son bien-être sont le symbole de la nécessité de prise en compte de l’humain dans son entièreté, du fœtus des premiers mois (voire même du projet d’enfant, donc de société) aux soins apportés au mort, en passant par les objets sur lesquels les humains ont investi leur affectivité.