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Zyeute en coulisses : L’Héritier de village, Marivaux (théâtre)

Quand l’argent transforme la société en carnaval

Marivaux 1725, L’Héritier de village [in Œuvres complètes, t. 2], Duchesne, 1791

Note : 3 sur 5.

Résumé

Blaise, un bon paysan, revient de Paris avec un domestique. Il apprend à sa femme qu’il vient d’hériter de cent mille francs. Il va falloir désormais qu’ils se comportent comme des gentilshommes de la Cour, qu’ils aient des amants, qu’ils se fassent appeler Madame et Monsieur, qu’ils baisent des mains. Deux nobles appauvris de la région, se proposent d’épouser leurs deux enfants, maintenant qu’ils sont riches.

Commentaires

Cette petite comédie qui a eu peu de succès reprend pourtant le thème du bouleversement social du XVIIIe (ascension sociale des bourgeois et apauvrissement des nobles), obsession pour la littérature et le théâtre de l’auteur (L’Île des esclaves) et de l’époque (Mercier, La Brouette du vinaigrier) mais déjà mis en scène dans Le Bourgeois gentilhomme, de Molière. Sauf qu’ici, ce sont des paysans qui obtiennent une promotion sociale par le biais de l’héritage.
L’humour repose tout d’abord sur le jeu d’imitation des nobles par les paysans : caricature limitée à des traits ridicules, critique pour les nobles auxquels ils souhaitent ressembler ; mais tableau ridicule car autodéconstuit par les traits typiques de leur langue de paysans. Le tableau des nobles appauvris et prêts à faire un mariage déshonorant juste pour l’argent est peut-être une critique encore plus grande. C’est ce qui différencie ici Marivaux de Molière. Là où Molière critiquait et ridiculisait le bourgeois qui se prenait pour un noble, Marivaux, à la suite de Lesage (Turcaret), donne un tableau encore plus noir du comportement des nobles, prêts à tout pour s’enrichir, pour ne pas perdre leurs privilèges.
Mais à l’occasion de ce petit renversement – typique de la pièce bourgeoise – Marivaux prolonge une réflexion intéressante sur la société et répond en cela à Molière. Le paysan croit, comme le bourgeois de Molière, que pour faire partie des nobles, des puissants, il doit adapter ses moeurs, adopter ceux considérés comme meilleurs (le bon usage, les bonnes manières). Le vinaigrier de Mercier leur donnera une leçon : ils ne doivent pas avoir honte de leur activité, de leur langage, de leur nature de paysan. Non, même si leur manque d’éducation fait rire le public, le comportement des nobles appauvris (le titre n’a déjà plus d’importance) montre que la société du XVIIIe est déjà passée d’une aristocratie (pouvoir des meilleurs à la guerre, des mieux éduqués, des plus chrétiens) à une ploutocratie. L’enrichissement dû à l’héritage a suffi à faire du couple de paysans des gens socialement importants et enviés. Ce sont les révolutionnaires qui seront dans l’erreur, il ne suffira pas de démocratiser l’instruction pour faire du peuple des nobles gentilhommes à égalité : c’est l’argent qui distingue et fait la puissance.

Passages retenus

p. 80 :
Tians, par exemple ; prends que je ne sois pas ton homme, et que t’es la femme d’un autre. Je te connoîs, je vians à toi, et je batifole dans le discours. Je te dis qu’t’es agriable, que je veux être ton amoureux, que je te conseille de m’aimer, que c’est le plaisir, que c’est la mode. Madame par-ci, Madame par-là, ous êtes trop belle ; qu’est-ce qu’ous en voulez faire ? prenez avis, vos yeux me tracassent, je vous le dis ; qu’en fera-t-il ? qu’en fera-t-on ? Et pis des petits mots charmants, des pointes d’esprit, de la malice dans l’oeil, des singeries de visage, des transportements ; et pis : Madame, il n’y a morgué ! Pas moyen de durer ! boutez ordre à ça. Et pis je m’avance, et pis je plante mes yeux sur ta face ; je te prends une main, queuquefois deux ; je te sarre, je m’agenouille. Que reparts-tu à ça ?
– Ce que je reparts, Blaise ? mais vraiment ! je te repousse dans l’estomach d’abord.
– Bon.
– Puis après je vais à reculons.
– Courage.
– Ensuite je devians rouge, et je te dis pour qui tu me prends : je t’appelle un impartinant, un vaurian.

Publié par Cyber Luron

Une nuit de prolo, je suivis par hasard un prince et entrai à la taverne des rêves et croyances. Carnaval de fantômes. Dans le cabaret des miracles, je cherchais le non-dit ; en coulisses, je démasquai les bavards littéraires et m'aperçus que j'en portais également ; à la tour des langues, je redescendis dans l'atelier. J'y oeuvre, contemplant la nature, songeant aux premiers hommes qui vivaient sans y penser, groupés.

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